Je ne sais pas si désormais Alain Clément est plus sculpteur que peintre ou graveur.
Il s’est longtemps limité à la peinture, au dessin et à la gravure, à la surface plane qu’il parcourait de volutes et arabesques dans un effort pour embrasser à la fois la surface et un divers de sensations colorées : entre expressionnisme et recherche décorative, entre sentiment et construction, avec des parentés chez Matisse et Léger. La part d’expression personnelle était forte, qu’il s’agisse d’évoquer des émotions ou de revenir sur les inspirations fortes de la tradition (Delacroix, l’expressionnisme allemand, Léger).
Depuis une bonne décennie se sont ajoutées des sculptures, certaines plutôt des reliefs à accrocher comme des peintures, d’autres pleinement des sculptures dans l’espace, parfois même monumentales.
Il s’agit de sculptures de peintre, colorées et flamboyantes le plus souvent. Le geste et les lignes sont sortis du plan. Sculptures de peintre peut sembler désobligeant par rapport aux «sculpteurssculpteurs», mais l’artiste y trouve au moins un énorme avantage : il peut se dispenser (et nous dispenser) de se donner la migraine à réfléchir sur l’essence de la sculpture. La sculpture, c’est la peinture poursuivie par d’autres moyens…
En retour, l’expérience de l’espace a dépouillé en partie le geste pictural de sa qualité subjective et expressive. Comme si le passage par l’extérieur avait filtré les émotions. Les peintures sont
paradoxalement devenues plus planes, plus denses et plus serrées avec leurs rubans de couleur s’organisant en plans simples.
Au fur et à mesure de ces inflexions, Alain Clément a fait naître un univers personnel, détaché des changements de tendances mais pas bloqué de manière anxieuse sur la production d’une image facile à identifier. Cet univers est formel; il a une cohérence forte à travers des variations fortes elles aussi.
On y trouve la présence d’une volonté expressive qui cherche à rassembler et mettre ensemble, composer, vécus des émotions, vécus des formes et vécus des prédilections artistiques. Quelque chose apparaît qui n’est ni lisible sentimentalement («voyez ce que je sens»), ni fortement référencé («voyez d’où je viens»), ni déchiffrable comme message («voyez ce que je veux dire»). Dans le caractère visible et énigmatique, il y a juste une affirmation d’art. Ce qui n’est plus si commun.
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