PETER KNAPP

02/11/2017 - 23/12/2017

ELLES

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Inclassable, Peter Knapp, nous a longtemps habitué à une rigueur graphique héritée du bahaus. Photographe, peintre, graphiste ou encore cinéaste, l’artiste complet produit des images depuis plus de cinquante ans. Fasciné par les effets du temps qui passe, il s’interroge ici sur la postérité de ses oeuvres en utilisant notamment le procédé du Cibachrome donnant ainsi vie à des tirages qui bravent le temps. Reconnu internationnalement dans le monde de la photographie de mode, Peter Knapp s’en émancipe en développant une approche plasticienne, produisant des images conceptuelles, temoins de ses réflexions, de ses expérimentations et de son immense respect pour les femmes.

Peter Knapp, tout en refusant le passéisme, est néanmoins fasciné par les effets du temps qui passe. Son travail photographique explore l’usure des années, l’érosion des formes et la trace émouvante des heures perdues. Véritables « vanités », les images qu’il élabore font état de la dégradation qui guette les plus jolies femmes, les plus beaux paysages et les plus précieux moments de la vie. Les vanités étaient des natures mortes allégoriques très appréciées à l’époque baroque, durant la Contre Réforme, et qui invitaient à la médiation sur la vanité de toute entreprise humaine. Elles montraient une accumulation d’objets quotidiens, aussi futiles qu’éphémères, la fuite du temps étant souvent représentée par un crâne, une fleur fânée, une bougie éteinte ou un sablier. Les vanités de Peter Knapp sont des images conceptuelles longuement élaborées qui utilisent comme point de départ des photographies « incomplètes » qui ne prennent leur sens que grâce à une série de manipulations : technique de grattage, de solarisation, de pixellisation, de découpage ou de superposition. Ici la fuite du temps est évoquée par le travail même de l’artiste qui prolonge l’acte créateur sur plusieurs semaines, mois, ou années,pendant lesquels l’instantané reste en gestation. Pour Knapp, ce «travail» se place aussi bien en amont qu’en aval du cliché. D’abord pendant les mois qui précèdent le moment où il appuiera sur le déclencheur - moment irrémédiable qu’il mûrit, approfondit, prépare, et pourtant redoute - et ensuite pendant les semaines suivantes durant lesquelles il étudiera les photos qu’il a prises pour décider comment les transformer et les perfectionner. « Je ne prends pas de photos, je fais des images » dit-il. Soumis à l’épreuve du temps, ses tirages cessent d’êttre des documents pour devenir des oeuvres raisonnées qui ont acquis au fil du film une profondeur de champ émotionnelle que l’original n’avait pas. Le résultat de ce processus d’élaboration sont des compositions qui, comme les vanités, sont des objets de médidation. Plus on les regarde, plus elles provoquent un désir de s’attarder pour ralentir la fuite du temps.


Véronique Vienne,
4 avril 2009